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Les sommets de Hehuanshan

Taïwan est une île principalement montagneuse, mis à part une bande côtière à l’ouest (et quelques rares villes sur la côte est, beaucoup plus sauvage) : plus de cent sommets dépassent les 3000m d’altitude, le plus haut étant le Yushan (littéralement « montagne de Jade », à 3952m, dans le sud du pays), répartis en plusieurs massifs.

Nous avons choisi celui de Hehuanshan, qui est assez central et surtout le plus accessible. D’une part il n’y a pas de permis à demander (longtemps) en avance, contrairement à la plupart des hauts sommets du pays. D’autre part, c’est ici que passe la route 14, une des seules traversant le pays d’est en ouest. C’est ainsi qu’en partant de Taipei de bon matin, au niveau de la mer, nous sommes arrivés à midi au col de Wuling, à 3275m d’altitude ! En comparaison, la plus haute voie carrossable d’Europe monte à 2829m. Et il faut dire qu’à Taïwan les routes de montagne me paraissent significativement plus confortables pour la conduite que celles en France, peut-être aussi parce que les voitures ont toutes des boîtes automatiques (et aussi parce que notre Honda en apparence quelconque tire 150 chevaux).

Un splendide premier jour

Bref, on se gare à Wuling. On a de la chance, il fait beau, la plupart des nuages sont en contrebas sauf quelques-uns qui passent de temps à autre devant le sommet le plus proche et qu’on pourrait presque cueillir. Le brillant soleil nous fait oublier qu’il ne fait que 7°C (les rafales de vent nous le rappellent de temps à autre) et on se lance à l’assaut du sommet principal du massif, Hehuan Main Peak, qui culmine à 3417m. Comme très souvent à Formose, le chemin est soit goudronné, soit taillé en marches régulières dans la pierre (principalement du schiste). On commence par redescendre dix minutes le long de la route, on tourne à droite pour entamer la montée, et… ah oui, il n’y a pas beaucoup d’oxygène ici. On fait de courtes pauses tous les cinquante mètres, et quand on prononce plus de deux phrases d’affilée on doit reprendre son souffle. Même en marchant plus lentement, on doit s’arrêter régulièrement, le simple fait de se déplacer brûle gentiment les mollets. Et on sent comme un début de migraine. Tous les promeneurs que nous croisons ont cette même allure pesante, peut-être est-ce pour cela que les petits oiseaux du coin n’ont pas peur de nous approcher ?

Il a neigé un petit peu la veille, mais c’est désormais de plus en plus rare ici. L’impression d’avoir pris le dernier paquet de pâtes au supermarché.
Le passage du nuage.


Il nous faut une heure pour parvenir au sommet, et la vue panoramique est une récompense de taille. Juste en face du col à l’est, Dong Hehuanshan (Hehuan East Peak, le pic Est) devant l’imposant Qilaishan. À l’ouest, la barrière du Jiannandashan qui a l’air si sauvage. Plus loin au nord, l’austère massif du Xueshan (la « montagne de neige », second plus haut sommet de l’île à 3886m). Et tout au loin au sud, derrière une immense mer de nuages dont dépassent quelques pic isolés, le massif du Yushan.

Vue sur Xueshan, au fond.
Le pic Est, avec le Qilaishan derrière.

Après être redescendus au parking de Kunyang pour atteindre le tout proche sommet Sud des monts Hehuan – un nuage passait à ce moment donc on n’y a vu quasiment que du brouillard – on rejoint Wuling pour le coucher de soleil. La vue est encore plus belle, et c’est avec des étoiles plein les yeux (à défaut des cieux, couverture nuageuse et pleine lune oblige) que nous nous endormons à Ren’aï, la plus haute ville de Taïwan, perchée à flanc de montagne et qui s’étend entre 1700m et 2000m le long de la route 14.

Coucher de soleil, avec le Yushan au fond à gauche.

Les ciels brouillés des Baiyue

Le lendemain matin, nous repartons vers les sommets, pour les trouver cette fois-ci noyés dans le brouillard. Une fois garés, nous montons sur le pic Est vu hier (3422m), puis sur le Shimenshan tout proche (3236m, soit à peine 80m de montée depuis le parking le plus proche), mais rien n’y fait : on n’y voit pas à cent mètres, et c’est un autre visage de ce lieu que nous découvrons, dans le calme d’une végétation aux faux-airs alpins. Il y a tout de même un certain nombre de randonneurs, et en redescendant d’un sommet ou d’un autre, ceux que nous croisons nous demandent régulièrement si ledit sommet est un « Baiyue », c’est-à-dire s’il fait partie de la liste canonique des cent sommets les plus importants de Taïwan.

Surgissant de la brume, les ruines de l’ancienne unique station de ski de Taïwan, qui était réservée à l’élite à l’époque de la dictature.


Celle-ci, forgée par un amoureux des montagnes de l’île dans les années 1970, revêt une grande importance aux yeux des Taïwanais. Beaucoup font le voyage ici car il y a trois Baiyue relativement faciles d’accès depuis les parkings avoisinants (le pic Est, le sommet principal et Shimenshan). D’ailleurs, les gens se prennent systématiquement en photo devant les plaques sommitales (bon, nous aussi, mais vous comprenez, c’est différent). Alors tant pis s’il n’y a pas le paysage, au moins il y aura la gloire. Pour être honnête, si la liste comporte en effet les plus hauts sommets de chaque massif, et si elle ne contient aucun sommet en-dessous de 3000m, elle est relativement arbitraire. Par exemple, le pic Sud n’y figure pas et cela explique qu’il était bien moins fréquenté lorsque nous y sommes passés.

Maigre consolation, nous marchons plus facilement qu’hier, comme si le corps s’était déjà un peu acclimaté au manque d’oxygène. Ou peut-être qu’inconsciemment, nous avons compris les nouvelles règles du jeu ici et les limites à ne pas franchir. Quoiqu’il en soit, en cas de besoin on peut trouver facilement des médicaments contre le mal de l’altitude dans les supérettes. Ici, tout est vraiment mis en oeuvre pour rendre ces hauts sommets aussi accessibles que faire se peut.

C’est sur la route du retour que le miracle se produit : une fois redescendus sous le nuage qui couvrait le sommet, une succession de vallées et de montagnes surgissent sous nos yeux, en contrebas les villages et champs de thé, au loin sous la grisaille un horizon bleu et sous celui-ci une autre mer de nuages…

La ferme de Qingjing

Après une bonne matinée de randonnée, quoi de mieux qu’une promenade pastorale pour se détendre en caressant des moutons ? Au centre de Ren’aï, entre la ville haute et la ville basse, s’étend la ferme de Qingjing sur plusieurs niveaux. Nous entrons par le nord, la partie des moutons. On peut les approcher sans crainte, il y a même des distributeurs de nourriture pour leur donner à manger à un prix modique. Le petit pré à l’entrée débouche sur une grande prairie pentue, peuplée de moutons, de familles (c’est une ferme dite pédagogique et ça se voit)… et d’un couple qui fait ses photos de mariage. On quitte momentanément la ferme pour un marché de producteurs locaux qui vendent notamment des spécialités inspirées du Yunnan, région chinoise d’où est originaire une partie de la population. On se régale, et les commerçants sont chaleureux, ce qui change du comportement de plusieurs vendeurs dans les supérettes en ville. Couplé à la géographie étroite de la ville (peu de stationnement et de trottoirs) et aux allumés du volant plus fréquents qu’ailleurs, cela fait de Ren’aï une ville relativement peu accueillante. Mais bref.

Hadjimé !
La plus bêêêêle journée de leur vie.
Sandwich où le pain est remplacé par du dogan (tofu séché).


On rentre enfin dans la partie sud, principalement dédiée aux chevaux. On profite du paysage pittoresque, avec un faux moulin à l’européenne. En fait la ville est connue pour être une sorte de petite Europe avec ses paysages alpins, des hôtels à colombages (comme le nôtre, mais le plus connu est le Old England Manor, qui propose même un Afternoon Tea) et des imitations d’églises gothiques. Pas le temps de flâner, on se dirige vers l’arène. Il est l’heure d’assister au spectacle des cavaliers mongols !


Les mille visages du Nantou

Le dernier matin, alors que nous nous apprêtons à quitter les montagnes, la vallée de Ren’aï s’offre encore sous un nouveau jour. Dans un léger crachin, les couches de brumes se font et se défont, masquant à moitié le paysage. C’est un régal pour les yeux que l’on complète avec un petit-déjeuner copieux de produits typiquement taïwanais. Il y a nombre d’étrangers dans notre hôtel, des Pays-Bas à la Malaisie en passant donc par la France. Beaucoup, dont moi, essaient sur des toasts les différentes pâtes à tartiner de l’hôtel, avec un résultat mitigé. Elles ont un arrière-goût peu agréable, presque boisé, mais pourquoi ? C’est Ting-Chia qui me donne la clé : en fait, il faut tartiner le toast puis le faire griller avec sa garniture dans un petit four à côté… et je retrouve le goût familier des tartines au « beurre-noix de coco » que l’on trouve dans beaucoup de petits restos de quartier pour le petit-déjeuner.

On prend la route du retour dans un décor mélancolique, on passe devant le majestueux lac-réservoir de Wanda, porte d’entrée de la réserve naturelle d’Ao-Wanda réputée pour les couleurs éclatantes de la végétation à l’automne (ce sera pour une autre fois !), puis on traverse la trouée du Nantou, ce vaste comté central du pays où nous venons de passer deux jours, qui s’étend de Hehuanshan jusqu’au Yushan, en passant par le lac du Soleil et de la Lune que nous avons visité l’an dernier. Direction l’ouest vers les collines de Baguashan, les tout premiers contreforts des montagnes où nous étions.

On visite une plantation de thé, dont l’emblème est un signe « yo » de la main. Tentative maladroite de la jouer « cool-jeune-trendy » ? Eh non, c’est tout simplement que le patron a perdu deux doigts dans une machine de l’usine. On est rassurés. Le thé est meilleur que leur humour en tout cas. En sortant, on se promène dans les champs qui s’allongent sur le plateau, avec ça et là quelques bâtiments, et des rangées de hauts palmiers (qui sont en fait des arbres à noix de Bétel, une drogue à mâchonner apparemment cancérigène encore assez répandue à la campagne, et dont les racines de l’arbre abîment le sol – on n’imagine pas tout les drames qui peuvent se cacher derrière un innocent décor). Les collines plongent dans une nouvelle mer de nuages, tandis qu’au fond on devine l’immense masse de la chaîne centrale taïwanaise. On profite encore un peu de la quiétude de ce paysage tropical d’après la pluie.

Il est temps de reprendre la route de Taipei…

Marché de nuit (2023)

Quel plaisir de retrouver le marché de nuit de Shilin ! On y débarque le samedi soir, la foule est encore plus dense qu’à l’accoutumée. Les gens sortent entre amis, en couple, en famille… On avance à peine dans la rue principale, alors on en profite pour regarder les stands. Par rapport à l’an passé (voir ici), on remarque que quelques stands sont apparus, d’autres ont changé de place, certains semblent avoir disparu. Au niveau culinaire, quelques nouveautés, comme par exemple des raisins blancs dans les brochettes de fruits confits. Quand on y pense, avec toute la concurrence et tous les goûteurs, c’est l’endroit idéal pour développer la créativité culinaire taïwanaise.

Visiblement, le testeur du guide Michelin qui décerne tous les ans un Bib’gourmand à une petite échoppe de nouilles à la sauce sésame (honnêtement c’est bon mais rien d’exceptionnel ici) a aussi remarqué que le boui-boui d’en face servait une bonne soupe puisque celui-ci a désormais un petit logo Bibendum daté de cette année…

La tentation des tentacules.
Saucisses fourrées à la ciboule.
Les brochettes de fruits confits (35元 = 1€).
Brochette de boudin de porc et de riz.
On a lancé un Bibendum au marché de nuit et c’est ici qu’il s’est arrêté de rouler.
Un grand classique taïwanais : zi pai (雞排), l’escalope panée. Ici elle est d’abord frite à droite, puis passée dans une marinade (celle-ci contenait du cinq-épices et de la sauce soja), puis passée au grill.
C’est très goûteux, la viande est tendre et juteuse à souhait. À Milan ou Vienne on ne boxe clairement pas dans la même catégorie.
Les nouilles au sésame, une soupe avec un ravioli à la pâte très gluante, et l’escalope.

Conduire à Taïwan

Troisième voyage à Taïwan, et première prise de volant ! Première observation : toutes les voitures sont automatiques, ou presque. Ce qui rend donc la conduite bien plus facile. Deuxième observation : Il y a beaucoup de scooters, surtout en ville, et qui peuvent dépasser par la gauche comme par la droite, donc il faut constamment surveiller les rétroviseurs. Sur certaines routes, il y a une voie tout à droite pour les vélos (on roule à droite ici), puis une pour les scooters, et enfin une au centre pour les voitures.
Troisième observation : c’est lent, même les autoroutes sont limitées à 100km/h tout au plus (un peu comme le train d’ailleurs, à part quelques rares TGV qui ne vont pas si vite non plus). On a l’impression que parce que l’île est petite, on ne ressent pas le besoin d’avoir de longues voies rapides, et puis c’est difficile comme le territoire est très montagneux. D’ailleurs, il y a beaucoup de tunnels, on en a pris un de 13 kilomètres de long.

Les motards sont dans les starting-blocks (plus que 79 secondes avant le feu vert).

Les conducteurs ont l’air de plutôt respecter les règles (en-dehors des traditionnels excès de vitesse hors zones radar sur les routes de campagne), et surtout sont respectueux des autres usagers. Le seul comportement agressif que nous avons vu était un conducteur pressé collant le précédent sur une route de montagne, jusqu’à ce que celui-ci le laisse passer. Très peu de monde joue à saute-file dans les bouchons.

Pour limiter ces derniers, on a fait passer les autoroutes au-dessus des grandes villes. Quand on les emprunte la vue est par moments spectaculaire, mais il faut faire attention à prendre la bonne sortie pour limiter le temps passé dans le trafic d’en-dessous. Mais ce n’est pas tout… à l’entrée de l’autoroute, dimanche soir, les policiers contrôlaient les voitures et interdisaient l’accès à celles ayant moins de trois occupants !

Les géants (presque) disparus

« La petite île aux grands arbres », voilà qui pourrait être un nouveau surnom pour Taïwan. Sur les montagnes boisées poussent d’immenses cyprès millénaires, qui n’ont leurs pareils nul part au monde (sauf quelques cousins japonais et américains), et qui constituent une des plus grandes attractions touristiques du pays.

Plusieurs forêts sont renommées, comme celle d’Alishan où l’on peut également voir un lever de soleil sur une mer de nuages. Nous nous sommes rendus dans celle de Qilan, dans le centre nord du pays, en remontant la vallée d’Yilan. Le voyage commence à Yilan, une ville aux trois-quarts bordée de montagnes et ouverte sur la mer, et où les murailles rocheuses se reflètent dans un bocage urbain de rizières. On longe un véritable « fleuve de pierres » entre deux chaînes montagneuses abruptes et verdoyantes, large de plusieurs centaines de mètres, et au creux duquel serpente une rivière de quelques mètres de largeur à peine. C’est assez typique de Taïwan et probablement lié à la roche locale. On s’arrête d’abord sur un coude du fleuve pour visiter la maison de campagne de Chiang-Kaï-Chek à la vue imprenable sur Taïpingshan qui s’élève 2000 mètres plus haut sur la rive en face.

Les rizières d’Yilan (photo de 2018).
Yilan.
Le fleuve de pierres.

La vue.


On prend ensuite le bus une heure sur des routes cahoteuses. On descend sur une terrasse au coeur de la forêt, à 1500 mètres d’altitude. Avant la visite, avec notre groupe touristique, on nous sert un repas assez copieux (c’est Taïwan…) fait de spécialités locales, dont une soupe avec un poivron du coin au goût proche du fenouil.

Nous partons enfin pour la promenade, sur un circuit d’à peine deux kilomètres entrecoupées de pauses régulières pour admirer les arbres et écouter les anecdotes de notre pétulante guide. Je comprends quelques mots mais je décroche assez vite (et Ting-Chia me fait des résumés après). J’en profite pour contempler le paysage, ou les tenues sophistiquées de nos compagnons de route – le chic du randonneur taïwanais qui s’habille comme s’il allait traverser les Pyrénées pour des chemins dont la difficulté avoisine les sorties de parking…

Cyprès dit de « la canne de Confucius » (on voit la canne en spirale à droite du tronc principal).

Il y avait autrefois de nombreux grands cyprès à Taïwan, dont certains devaient flirter avec la centaine de mètres de hauteur. Mais au début du siècle dernier, la colonisation japonaise fut si friande de ce bois, et il faut tant de siècles aux arbres pour atteindre une taille adulte, que l’espèce en a presque été éteinte. Il ne subsistent aujourd’hui ça et là que quelques géants, parmi les plus difformes (ce qui, à l’époque, les a probablement sauvés), qui dépassent de la canopée au milieu de nombreux arbres juvéniles bien plus minces.

Au second plan, quelques cyprès par-dessus la forêt.


Ils sont si rares et si particuliers qu’ils portent tous le nom d’un personnage historique ayant vécu durant leur année de naissance supposée (ils sont si vieux qu’on peut les dater au carbone 14). On trouve deux essences distinctes. La première, appelée cyprès taïwanais, se caractérise par un tronc pouvant atteindre quinze mètre de large, et une ramification qui la fait ressembler à un brocolis géant. La seconde, dite cyprès Hinoki ou cyprès du Japon, donne un tronc à la teinte rouge (un peu comme un pin). Certaines zones noires près des racines dégagent une odeur enivrante quand on les touche. Ces arbres mettent encore plus longtemps à pousser. Nous avons vu un tronc qui serait tombé depuis deux mille ans déjà, et le bois n’était toujours pas pourri. Voilà pourquoi il est si prisé pour en faire des meubles (mais la réglementation est désormais d’autant plus stricte qu’il ne reste plus beaucoup d’arbres adultes).

L’arbre de Si Ma Qian.
Le même arbre, avec une échelle humaine.
Deux Hinoki adultes.
Quelques autres encore…
Et un tout jeune : quel âge a-t-il ? *

Gengis Khan est tombé.
Des champignons durs comme le bois. Il paraît qu’ils ont d’excellentes vertus médicinales, mais interdit d’y toucher dans ce parc national.

On repart vers quinze heures, alors que le soleil commence déjà à décliner et colore les montagnes avant qu’une couche de nuages ne vienne progressivement les recouvrir. Qui sait combien de nouveaux géants abritera cette forêt dans mille ans ?

La forêt en fin d’après-midi, en toile de fond le massif du Nanhudashan (3742 m).
De retour à la villa, Taïpingshan disparaît sous une mer de nuages. Pangloss disait quelques fois à Chiang : « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’abord du pouvoir par Yuan Shikai, si vous n’étiez revenu à la tête du Kuo-Min-Tang, si vous n’aviez pas manqué de vous débarrasser de Mao quand vous le pouviez, si vous n’aviez pas essayé défaite sur défaite face aux Japonais puis aux communistes, vous ne dégusteriez pas ici de la charcuterie d’Yilan et de la soupe de poivron « 
La mer de nuages, vue depuis les hauteurs de Taïpingshan (photo de 2018).

* trois ans, à en croire la guide.

Les fruits à Taïwan

« Taïwan est située sur le tropique et c’est tout vert vu de l’espace, donc il doit y avoir plein de super fruits exotiques bon marché ». Certes, et il fait parfois 25°C en hiver (comme aujourd’hui), mais c’est un peu plus compliqué que ça.

En réalité, quand on rentre dans un supermarché, on voit que beaucoup de fruits sont relativement chers (autant voir plus qu’en Europe, alors que manger au restaurant coûte beaucoup moins) et importés. C’est à ce moment qu’on réalise que Taïwan est une île de 23 millions d’habitants à peine plus grande que la Bretagne et presque aussi montagneuse que les Alpes.

Le meilleur plan, c’est donc d’aller au marché. De jour, le marché de nuit de Shilin se transforme en marché normal et on y trouve une grande variété de végétaux. Bien sûr, il y a des espèces qui ne se voient pas souvent en Europe, mais il y en a aussi des plus familières, à un détail de taille près. Des clémentines et des citrons gros comme des oranges, des oranges petites comme des clémentines, des avocats gros comme des ananas (par contre les ananas sont normaux).

Les grosses clémentines à gauche ont l’air normales parce que les « poires » en forme de pomme à droite font 15cm de diamètre.
Des clémentines normales, entre deux variantes de gros fruits de la passion. En haut, les fruits en forme de cannelés s’appellent jamboses (dans mon souvenir les cannelés étaient meilleurs).

Parmi les fruits exotiques, on trouve des fruits de la passion – là encore, en plus des habituels petits fruits marrons tachetés, il y en a de plus gros, soit tirant vers le rose pâle, soit carrément entre jaune et vert, et au goût plus sucré, ce qui en fait donc des fruits parfaits [pour lesquels j’ai développé une légère obsession]. Il y a aussi des fruits du dragon à la peau magenta, des kakis et papayes, qui sont orange vifs, et des attiers, aussi appelés pomme-cannelles. C’est un fruit vert à la peau épaisse et écaillée, gros comme un pamplemousse. Sa chair est blanche, tendre et crémeuse, sucrée et assez parfumée. Mais un seul fruit contient des dizaines de pépins noirs gros comme des haricots rouges. Il y a aussi un autre fruit vert, légèrement plus petit et bien moins remarquable – probablement de la goyave.

Dans le panier, deux fruits du dragon (avec les écailles), trois kakis, quelques fruits de la passion. Au-dessus, un attier (avec les bosses), une goyave et une clémentine. La banane a une taille standard.

L’intérieur de la fameuse pomme-cannelle.
L’intérieur des fruits de la passion. Les bruns-roses sont un peu plus goûtus que les jaunes-verts.

« Cette clémentine est grosse comme une orange » (Paul Éluard)
À gauche les gros avocats, à droite les normaux.
À gauche de petites oranges (au goût bien sucré), à droites des oranges normales.

Les légumes sont moins spectaculaires : pomme de terre, oignon, ail… et des aubergines longues comme des serpents. Quant à la viande les étals ressemblent à ceux d’une boucherie en France avec une plus grande place donnée aux abats, aux os et à la peau.

En bas à droite, les aubergines-serpents. La fusée lunaire verte au milieu serait une courgette (quelle zouaverie).

Le musée de l’astronomie de Taipei

Loin d’être aussi célèbre que le palais du Gu-Gong qui renferme de nombreux trésors historiques, le discret musée de l’astronomie au nord du quartier de Shilin est assez surprenant à l’intérieur.

On attaque directement par l’attraction du 4e étage, le train fantôme interstellaire. On prend place à deux dans une navette et c’est parti pour explorer le système solaire. On passe en revue le Soleil, puis Mercure, Vénus, la Terre, Mars… jusqu’ici les robots assistants-narrateurs nous donnent les caractéristiques de chaque astre, c’est plutôt pédagogique, clairement destiné aux enfants. Mais dès qu’on passe la ceinture d’astéroïdes, bienvenue dans Star Wars. On se prend un météore, on atterrit sur une lune de Jupiter où on croise des aliens, en repartant on manque de terminer dans un trou noir… je me dis qu’on est plutôt dans un musée de la science-fiction et je crains le pire pour la suite.

Euh… Bonjour ?


Sans transition, on descend au 3e étage. Premiers panneaux explicatifs : définition d’un neutrino et des points de Lagrange. Le ton est donné, il faut avoir fait des études de physique pour tout comprendre. Heureusement, il y a des explications à plusieurs niveaux et beaucoup de maquettes et démonstrateurs (pour les télescopes en particulier). D’ailleurs le seul objet historique qu’on a vu était une sphère armillaire d’une lointaine dynastie chinoise.

Et vous, quelle est votre méthode préférée pour détecter les exo-planètes ?

La sphère armillaire.

Il y a beaucoup d’enfants qui jouent avec les animations (plutôt que réviser leur futur master 2 de physique théorique, curieusement) : les robots lunaires télé-commandables, les lunettes astronomiques, le simulateur de tornades, etc. Mais on en remarque surtout quelques-uns de huit à dix ans en veste jaune qui dirigent s’occupent des animations ou contrôlent le passage des tourniquets : les petits Taïwanais ont des heures de service civique en plus de l’école, même le samedi après-midi…

Tornade en formation.
La première montgolfière, arrière-grand-mère des fusées spatiales ?

On termine la visite par un film dans la géode. Bonus à la fin, le projectionniste nous montre le ciel étoilé en hiver à Taïwan et nous explique comment trouver les constellations (qui portent les mêmes noms qu’en Europe). Il pousse ensuite le réalisme à ouvrir les portes de la salle, ce qui rend les étoiles moins visibles, comme la nuit en ville.

Jiufen

Nous avons passé une après-midi dans ce charmant village, perché sur une falaise proche de l’océan, et dont on dit que les maisons anciennes et leurs guirlandes de lampes traditionnelles ont inspiré le décor du « Voyage de Chihiro » de Miyazaki.

La fameuse « maison de Chihiro » avec ses lampes et ses terrasses.

Coucher de soleil : à droite, l’océan Pacifique, à gauche au fond dans la brume, les monts qui dominent Taipei.

Entrée de la principale voie piétonne qui serpente dans le village, et où les petits commerces se succèdent.

Préparation d’une pâte aux cacahuètes.

Du thé. Sous un autre climat, on y planterait sans doute de la vigne.

Bouh ! Façade d’une grande attraction locale, la maison fantôme.

Les temples à Taïwan

Ici, des photos en vrac de différents temples vus à Taïwan (voir la page sur Tainan pour le grand temple de Confucius là-bas).

Un temple à Jiufen.

Un temple à Nangangshan, colline au sud de Taipei.

Un temple vers Baishawan, tout au nord du pays.

Un temple au coin d’une rue. Il y en a un peu partout en ville.

Près du marché de nuit de Raohe.

Un temple de rue à Tainan.

Un petit temple de montagne, près de Taipei, comme il y en a beaucoup. Souvent, s’approcher à quelques mètres déclenche une musique, de type chant religieux mystérieux de voix graves.

Encore un autre.

Tainan

Bienvenue à Tainan, le Marseille taïwanais ! Nous avons passé trois jours dans la grande ville du Sud (par opposition à Tai-pei, la grande ville du Nord), située sur la côte ouest, juste en-dessous du tropique du Cancer.
La ville est surtout réputée pour avoir la meilleure cuisine de tout le pays, et des plats en général un peu plus sucrés qu’à Taipei. En tant qu’ancienne capitale, elle compte aussi de nombreux temples et bâtiments historiques, dont des forts hollandais et chinois.
On remarque un point commun avec certains pays européens : plus on descend au sud, plus on croise d’automobilistes au comportement irrationel. Bref, à Tainan, on trouve le bonheur dans les restaurants, et des permis de conduire dans les paquets de céréales.
Ah oui, et qui dit sud, dit encore un peu plus de chaleur… heureusement, la météo était assez venteuse (la proximité de l’océan ?) pendant notre séjour.

Les restaurants

Premier midi, repas typique à Tainan : les plats ont l’air plutôt simples mais l’assaisonnement et la cuisson sont excellents. En haut à gauche, le tofu assaisonné avec du poisson séché est effectivement assez sucré.

Ce soir, on s’arrête dans une échoppe réputée.

Un gua bao, sorte de petit burger taïwanais…

… et des boulettes frites au taro (violet), avec un coeur de patate douce (jaune).

Comme c’était léger, on a pris un second dîner. Le riz garni de dés de porc mijotés (les deux petits bols) est un classique de la région.


Le musée Chimei
C’est un immense édifice néo-classique aux faux airs européens. Et pour cause : son fondateur et principal mécène a voulu créer un véritable musée de l’art occidental, pour en donner toutes les clés de lecture aux Taïwanais, et il faut dire que c’est plutôt réussi ! Ce qui frappe l’Européen, c’est avant tout l’aspect pédagogique, bien plus développé que dans la plupart des musées du vieux continent, avec plusieurs animations plutôt destinées à la jeunesse, sur l’entretien et la conservation des oeuvres notamment. On y croise d’ailleurs de nombreux groupes scolaires.
Il y a de belles collections de peintures et de statues, mais la section la plus impressionnante est celle dédiée à la musique, qui détient certains des violons les plus fameux au monde (dont un Stradivarius, un Amati et un Guarneri), alors que ces instruments sont plus souvent prêtés à des instrumentistes qu’enfermés dans des musées… Il y a aussi un « orchestre déambulatoire »: une grande salle où les instruments de musique sont disposés comme dans un orchestre, avec un écran de télévision éteint et un haut-parleur à côté de chaque instrument. Toutes les heures, un morceau classique est joué dans la pièce, les écrans diffusent chacun une vidéo de l’instrumentiste correspondant, et l’on peut marcher dans la salle pour voir ou entendre plutôt telle ou telle partie de l’orchestre.
Le parc autour du bâtiment principal est aménagé comme un jardin à l’anglaise, avec des statues de la mythologie grecque avec tous leurs attributs caractéristiques.
En fait, ce musée est aussi un mode d’emploi pour comprendre les musées occidentaux, à visiter avant de partir faire du tourisme en Europe !

Quelque part entre Versailles et la Maison Blanche…

Un automate musical du début XXe siècle, qui pouvait jouer une partition pour trois violons et un piano.

Une sorte de gros violon à cinq cordes. Ces dernières sont en boyau d’ailleurs, comme cela se
faisait il y a quelques siècles.

Un bianzhong, instrument cérémonial chinois composé de 24 cloches.


Les anciens forts

Nanmen, l’ancienne porte sud de la ville, construite par les Chinois au XVIIe siècle.

Fort Provintia, aussi nommé Chikhan Tower, construit par les Néerlandais au 17e siècle. Reconstruit au 19e siècle après un séisme.

Au pied du fort, une grande allée avec plein de tortues, qu’on a appelé la grande allée avec plein de tortues.

Fort Zeelandia, dans le quartier d’Anping, une ancienne péninsule sablonneuse qui barrait l’entrée du port de Tainan, désormais rattachée à la ville.

Statue de Koxinga, général de la dynastie Ming qui chassa les Hollandais en 1661. Vingt ans plus tard, Tainan (et toute la côte ouest de Taïwan) sera de nouveau prise et passera sous le contrôle de la dynastie Qing.

D’impressionnants canons Armstrong dans un fort chinois de la fin du 19e siècle. Finalement, ils n’auront jamais servi au combat.

Pas un fort, mais une vieille maison envahie par les arbres. L’immobilier aussi rappelle Marseille (architecture d’époque Jian-Ke-Lau Guo-Ding)

Le temple de Confucius

L’entrée principale.

Dans la cour.

Sur le plafond du bâtiment principal figurent des ex-voto de la part de chaque président de Taïwan suite à leur victoire dans les urnes… ici celui de Tsai Ing-Wen (la cheffe d’État actuelle) après sa première élection.